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Une loi déconnectée de la réalité PDF Imprimer Envoyer
Écrit par George Abitbol   
Mardi, 10 Mars 2009 19:14

L’Assemblée Nationale s’apprête à examiner le projet de loi Création et Internet, système difficile à mettre en place et qui n’assure aucun nouveau revenu pour la création.
Pour lutter contre le téléchargement illégal  : deux avertissements puis coupure de l’accès à Internet en cas de récidive de la part de l’internaute fautif. Le principe de la riposte graduée, pilier de la loi Création et Internet, semble tenir de l’évidence. Mais les débats, qui commencent aujourd’hui à l’Assemblée nationale, vont être agités. Car, du casse-tête juridique aux nombreux problèmes techniques, en passant par un impact économique incertain, rien n’est vraiment simple et le texte reste dans le flou.
Explications dans la suite...

 



Casse-tête juridique

C’est la raison d’être de la loi  : contourner l’autorité judiciaire pour mettre en place un système de sanction semi-automatisé. La loi Dadvsi, votée en 2005, avait mis en place une sanction pour contrefaçon  : jusqu’à 30 000 euros d’amende et cinq ans de prison. Evidemment, elle s’est vite trouvée inapplicable, et on imagine mal les tribunaux remplis de mamies Lucette ayant téléchargé le dernier Adamo. La loi Création et Internet prévoit donc de mettre en place une Haute autorité administrative, l’Hadopi, chargée de sanctionner les vils internautes.

Par ailleurs, ces derniers ne seront pas coupables d’avoir récupéré une œuvre protégée sur le Net, car la procédure pour le prouver est impossible à automatiser, mais d’avoir failli à leur « obligation de veiller à ce que cet accès [Internet]ne fasse pas l’objet d’une utilisation à des fins de reproduction, de représentation, de mise à disposition ou de communication au public d’œuvres ou d’objets protégés par un droit d’auteur ou par un droit voisin sans l’autorisation des titulaires des droits ». Du coup, dans aucun des avertissements ne sera précisé l’œuvre soi-disant téléchargée. Et le seul recours possible (devant le juge) se fera au moment de la sanction. Les modalités du recours seront fixées par décret après le passage de la loi. Comme à peu près tous les détails un peu gênants du texte.

Mais cette évacuation de l’autorité judiciaire est loin de faire l’unanimité. Et un simple amendement, déposé au Parlement européen dans le cadre de la discussion sur le « paquet Télécom » pourrait tout faire capoter. Déposé notamment par l’eurodéputé PS Guy Bono, il précise  : « Aucune restriction aux droits et libertés fondamentales des utilisateurs finaux ne doit être prise sans décision préalable de l’autorité judiciaire. » Déjà voté en première lecture par 88 % des députés en septembre, il devrait être soumis à nouveau en avril. Et même si les défenseurs du texte français soutiennent aujourd’hui que l’accès à Internet n’a rien d’une liberté fondamentale, ils risquent bel et bien de se retrouver avec une coquille vide en guise de loi.

Flou économique

Repérage des téléchargeurs, envoi de mails et de courriers recommandés, coupure d’accès, protection des lignes Internet, recours éventuels  : mettre en place une procédure aussi complexe coûte cher. Et si le ministère de la Culture avait d’abord estimé l’enveloppe budgétaire à 6,7 millions d’euros, la facture a déjà commencé à exploser avant même la mise en place du dispositif. C’est la phase d’identification des internautes du côté des fournisseurs d’accès à Internet (FAI) qui va faire mal. Le ministère prévoyait une enveloppe entre deux et trois millions d’euros pour cette opération. Bien tenté, mais on se dirige plus vers un coût autour de dix millions d’euros par FAI. Qui devra être compensé, soit par l’Etat, soit par les consommateurs.

Mais ce qui peut vraiment chiffonner, c’est le manque de visibilité sur l’impact réel de la riposte graduée sur l’économie de la filière culturelle. D’un côté, l’effet réel du piratage sur les ventes n’a jamais été chiffré, comme l’a souligné la Cnil. Dans son avis sur la loi, elle explique « déplorer que le projet de loi ne soit pas accompagné d’une étude qui démontre clairement que les échanges de fichiers via les réseaux “pair à pair” sont le facteur déterminant d’une baisse des ventes dans un secteur qui, par ailleurs, est en pleine mutation ». De l’autre, on voit mal comment une loi répressive pourra, à un moment où le pouvoir d’achat n’est pas au top, aboutir à une augmentation du chiffre d’affaire d’un secteur en crise.

Pépin technique

On pouvait s’en douter, vouloir réguler un environnement technique en perpétuelle évolution, c’est un peu plus compliqué que de contrôler la vitesse des voitures sur une autoroute. Repérer les internautes, d’abord, ce n’est pas si simple. La technologie dite peer to peer est basée sur la communication des adresses Internet entre utilisateurs, et permet donc assez facilement d’identifier les fautifs. Mais les informations recueillies ne sont pas infaillibles, et on ne compte plus le nombre de cas litigieux à travers le monde.

Par ailleurs, d’autres méthodes de téléchargement sont beaucoup plus difficiles à détecter. En premier lieu le streaming (lecture directe dans un navigateur web) et le téléchargement direct sur un site web. Ensuite, couper Internet, d’accord, mais entre les offres triple play (Web, téléphone, télé), les différentes zones d’accès (dégroupage ou non), et les différentes technologies, il faut s’attendre à une jolie collection de ratés.

Enfin, il y a tout ce qu’on ne connaît pas encore, toutes les évolutions qui feront l’Internet de demain. Le réseau est un écosystème technique qu’il faut accompagner pour ne pas se faire dépasser. Aujourd’hui, on veut essayer d’éradiquer un usage devenu massif au lieu d’essayer d’inventer un nouveau modèle qui pourrait profiter de cet élan. C’est non seulement un choix inutile, mais aussi un pari dangereux, car perdu d’avance, pour le secteur culturel.Et les années perdues à venir seront plus bien plus dures que celles déjà écoulées.

Paru dans Libération du 10 mars 2009

 

Pour en savoir plus et suivre l'avancée des debats : http://hadopi.numerama.com/


Commentaires
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Georgio  - oui   |Administrator |2009-04-03 16:31:55
avatar sur plus de 570 députés en tout...
puppet  - pitain !   |Administrator |2009-04-03 16:31:19
avatar seulement 16 députés... y a vraiment qque chose qui cloche dans c'pays !
Georgio  - Loi votée     |Administrator |2009-04-03 13:03:25
avatar hier soir. Après plus de 40h de débats. Le vote s'est fait avec 16 députés, soit 2.6% des députes de l'hémicycle.
J'ai encore une fois honte de mon gouvernement.
Je vous joint un lien qui
offre les SOLUTION face à cette loi. Servez vous, c'est gratuit!
puppet  - george   |Administrator |2009-03-18 11:03:51
avatar d'ailleur tu devrais m'appeler "maître de la poupée" [smiley=laugh]
Georgio  - puppet master   |Administrator |2009-03-18 10:23:36
avatar [smiley=laugh]
Sans parler de la vois de canadienne de papi que se paye bruce willis [smiley=laugh]
puppet  - ouai bah en tt cas   |Administrator |2009-03-18 10:22:03
avatar moi j'connais un truc qui pourrait bien freiner le téléchargement illégal de film... Ce sont les versions canadiennes, quelle plaie [smiley=angry]
à croire qu'ils ont que deux doubleurs (un homme
et une femme), tout l'monde a la même voix.
Georgio  - Reprise des debats   |Administrator |2009-03-13 11:15:08
avatar le 31 Mars...
Adledingue  - De rien   |Publisher |2009-03-12 18:35:20
Pour le lien du PDF sur le scénario noir.

Évidemment, je suis à genoux en attendant le verdict moi aussi. Mais pas seulement parce que cette loi pourrait m'empêcher de télécharger le peu de
zik/film que je télécharge (sisi, c'est la vérité, je ne suis vraiment pas un goinfre : je suis abonné dans un vidéoclub et tout, j'adore leurs conseils, ils font super bien leur boulot, des
passionnés).

Pour moi il y a cette loi est plus un symbole en pleine lutte. Il en ressortira pour moi une évidence, celle que je vis, ou pas, dans une démocratie.

A noter en parrallèle
l'histoire Pérol à la tête du groupe BP / CE...

Bref, je suis un démocrate, je ne suis pas de gauche, mais putain, je ne me suis jamais autant senti dans l'opposition.
Georgio  - Ca y est.   |Administrator |2009-03-12 18:03:09
avatar J'ai écris à tous les députés de ma circonscription.
Georgio  - Concernant   |Administrator |2009-03-12 14:25:56
avatar L'incohérence des tarifs pratiqués sur le VOD (video à la demande) sont similaires aux tarifs souvent aberrants, pratiqués sur la musique en ligne.
Georgio  - J'ai hésité     |Administrator |2009-03-12 14:22:56
avatar a prendre aussi la plume pour envoyer un mail au député de ma région. Et finalement, j'ai pas franchi le pas. J'vais p'tet le faire dans les prochains jours.
Article intéressant paru dans le
monde (en lien) concernant les limites du projet de loi et son inutilité avant même d'être mit en place. Demonstration :
myname  - George   |Registered |2009-03-12 13:00:58
avatar Je pense pas que cette loi passe. Certains députés UMP sont contre cette loi également...
Ce soir, je rédige mon courrier pour le député de ma circonscription afin de montrer mon inquiétude
face à cette loi et demander à ce qu'il vote contre.
Georgio  - Je pense     |Administrator |2009-03-12 11:12:46
avatar que cette loi passera tranquillement. Notre hyper-président arrive a combler tout ces caprices et ne s'encombre pas d'une opposition anecdotique. Vous voulez une idée de ce que ça pourrai donner
une fois cette loi votée, jetez un œil au lien (merci Ad pour le lien) [smiley=shock]
puppet  - clair   |Administrator |2009-03-11 20:33:09
avatar j'avais oublié la VOD... ça reste cher tout ça encore.
myname  - Puppet   |Registered |2009-03-11 19:43:40
avatar Ouep, d'autant qu'un spécialiste a pointé du doigt récemment une anomalie de taille...
La location d'un DVD Blue Ray coûte moins cher que la location de l'équivalent en VOD.
Du grand n'importe
quoi alors que la location d'un film sur support comprends toute la logistique (stockage, envoie, retour, etc.) ce qui n'est bien entendu pas le cas de la VOD.

Mon zordi étant en panne, j'ai maté
ce qu'il y avait en VOD via la Freebox HD. La location d'un film à 4,9euros pour 24h... ça laisse vachement perplexe quand même.
puppet  - qu'ils   |Administrator |2009-03-11 19:26:29
avatar baissent le prix du cinoche, des cd, dvd et après ça marchera !
myname  - Ben     |Registered |2009-03-11 19:22:20
avatar Je suis le sujet avec une grande attention.
D'ailleurs, je vous invite à vous rendre sur le site de la quadrature du net et spammer vos députés. (Cf lien website)
Cette loi, non contente de
creuser la tombe des libertés numériques, coûtera une fortune sans commune mesure avec les recettes escomptées.
Certains spécialistes en arrivent même à comparer les moyens mis en oeuvre avec
de la lutte anti-terroriste... Les lobbys n'auront jamais été aussi forts.
D'autres part, cette loi n'agit pas contre les pirates ou internautes contrevenant mais bel et bien contre l'abonné qui
peut tout aussi bien se faire pirater sa connection ou être abusé par une ip virtuelle.
Enfin, cette loi devrait être obsolète sous peu via les directives européennes...
Pour ma part, cette loi
ne doit pas être votée, tout simplement.

Sur le même sujet, il y a un autre événement d'une grande importance qui se déroule. Ou plutôt qui s'est déroulé et dont on attend le verdict sous
peu : le procès du site "The Pirate Bay" en suède.
L'accusation (les majors) se sont pas mal faite ridiculiser par la défense... mais le verdict reste incertain.
Cette affaire, si
l'accusation l'emporte, risque de faire un mal de chien au p2p et donner un bon appuie à Albanel... à suivre la semaine prochaine. (Les comptes-rendus journaliers du procès sont dispo sur numerama)
Georgio  - Ca fait reflechir...   |Administrator |2009-03-11 16:35:03
avatar ... certains d'entre vous quand même? Vous en pensez quoi?
Vous trouvez juste les moyens porposés pour combattre le piratage? Vous voyez la menace ou? Les artistes sont les premiers touchés selon
vous? Vous allez changez vos habitudes de consamations avec cette loi?
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